Prix élevés du cacao

Une opportunité historique de sortir les producteurs de la pauvreté et de moderniser l'industrie - sauf en Afrique de l'Ouest.

Depuis 2024, les cours du cacao ont connu une hausse spectaculaire : les prix du cacao ont soudainement triplé lorsque l'offre a diminué de 10 %. Pendant des décennies, les prix étaient de l'ordre de 2 à 3 dollars par kilo. Cette évolution reflète une rupture nette dans le marché du cacao mondial. En avril 2025, le prix actuel du kilo de cacao était de 8,7 dollars. Face à cette flambée, les producteurs de chocolat ont été contraints d’augmenter leurs prix de manière significative.

La hausse des prix est en fait une excellente nouvelle pour les cultivateurs de cacao. Avec les anciens tarifs, il était très difficile de vivre décemment de cette culture. La plupart des petits exploitants, qui assurent pourtant la quasi-totalité de la production mondiale de cacao, vivaient dans la pauvreté.

Le calcul est très simple

  • Les petits exploitants agricoles possèdent environ 2 hectares de cacao.
  • Ils produisent en moyenne 400 kilos de cacao par an et par hectare, soit 2 x 400 kilos = 800 kilos*.
  • À 3 dollars le kilo, 800 kilos rapporteraient 2 400 dollars par an. Pour un ménage de 5 personnes, cela correspond à 1,3 $ par jour et par membre du ménage (2 400 $/5 personnes/365 jours).

Le seuil d'extrême pauvreté est fixé à 2,15 dollars par jour et par membre du ménage. Le seuil de pauvreté modérée est fixé à 3,65 dollars par jour et par membre du ménage (Banque mondiale, 2017, PPA).

Si vous étiez un agriculteur envisageant d'investir dans une nouvelle plantation de cacao, un prix de 3 dollars le kilo ne serait pas rentable. J'ai fait un rapide calcul à ce sujet il y a quelques années, qui est toujours valable aujourd'hui.

Les anciens prix n’étaient en aucun cas viables. Ils enfermaient les fermiers dans la pauvreté et ne les incitaient pas à investir dans leurs plantations. Et lorsque les populations vivent dans la misère, elles n’ont ni les moyens ni la motivation pour préserver l’environnement — un point que j’aborderai dans un prochain article.

 

*Hardman & Associates, FAOSTAT, ICCO

Le juste prix du cacao : un levier de transformation sociale

Chez Xoco, nous avons toujours payé au-dessus du prix du marché local nos fermiers partenaires, tout en les accompagnant pour améliorer leurs rendements. Le prix élevé actuel du cacao est pour nous un facteur de changement majeur grâce à notre modèle économique en direct, sans aucun intermédiaire avec les fermiers. À 8,7 dollars le kilo, le revenu journalier d'un membre d'un ménage d'agriculteurs passe à 3,8 dollars par jour, ce qui permet non seulement aux agriculteurs de sortir de l'extrême pauvreté, mais aussi de la pauvreté tout court - le seuil de pauvreté étant de 3,65 dollars par jour.

Une fois ce seuil franchi, l'histoire montre que des boucles vertueuses se mettent en place. La nutrition et la santé s'améliorent, les enfants vont à l'école et les familles commencent à investir, même modestement, dans leur avenir.

Pour illustrer les effets de cette transformation, je raconte souvent l'histoire de Don Alfonso, l'un de nos premiers fermiers partenaires au Honduras. Grâce au modèle Xoco, Don Alfonso, avec ses deux hectares de cacao Mayan Red, a pu dégager de bons revenus.

Avec les bénéfices, il a acheté un vieux camion qu'il utilise pour se rendre à la pharmacie, située à 20 kilomètres de sa ferme, afin d'acheter ses médicaments pour son diabète. Il a rénové sa maison pour qu’elle ne prenne plus l’eau pendant la saison des pluies. Mais surtout, il a pu financer les études de sa petite-fille. Elle est aujourd'hui comptable et vit dans l'une des plus grandes villes du Honduras.

La courbe de pauvreté a été brisée et elle fait désormais partie de la classe moyenne. Voilà les bénéfices concrets qui deviennent possibles pour les fermiers quand le prix est juste. En tant que producteurs de chocolat et consommateurs, nous devrions nous en réjouir.

La hausse actuelle ouvre enfin la voie à de vrais investissements dans la filière cacao en Amérique centrale, un tournant stratégique pour sa modernisation. Or, ces investissements sont cruciaux pour permettre à la filière de se moderniser et de se développer. On observe d’ailleurs des premiers signes de cette dynamique en Amérique latine, même si la prudence reste de mise car les prix pourraient encore retomber à leurs anciens niveaux, économiquement intenables.

L’Afrique de l’Ouest reste à l’écart du progrès

Malheureusement, la majorité des cultivateurs de cacao dans le monde ne bénéficie pas de cette hausse historique. Malgré la hausse des cours du cacao, la filière du cacao en Afrique de l’Ouest reste à la traîne en raison des politiques de prix contrôlés. Les producteurs n’ont pas d’autre choix que de vendre leur récolte à l’État.

Les politiques de fixation des prix du cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire imposent un tarif d’environ 3 dollars le kilo aux fermiers. Or, ces gouvernements revendent ensuite le cacao au prix du marché mondial (actuellement 8,7 dollars), empochant la différence. Cela revient à taxer les fermiers parmi les plus pauvres à plus de 60 %.

À cela s’ajoutent des restrictions sur les capitaux, des titres fonciers souvent inexistants ou flous, et une corruption systémique. Autant d’éléments qui empêchent toute perspective d’investissement ou de modernisation de la filière.

Personnellement, j'espère que les prix resteront à leur niveau actuel. Je suis convaincu qu’un cacao payé entre 8 et 9 dollars le kilo pourrait constituer un point d’équilibre durable, capable de transformer en profondeur cette industrie à l’échelle mondiale.

 

Nous avons aujourd’hui une opportunité historique de révolutionner le secteur du cacao.